Dans une chronique publiée le 30 septembre 2026 dans le 24heures, Bernard Nicod revient sur un paradoxe suisse : l'argent et les besoins sont là, mais construire n'a jamais été aussi incertain. Son message est clair : ce n'est pas le risque qui freine les projets, c'est l'imprévisibilité.
Acheter un terrain sans connaître le loyer futur, construire quand les taux montent, investir quand d'autres n'y croient plus :
Bernard Nicod le dit sans détour, prendre des risques, c'est son métier. Mais un risque, cela se calcule. Ce qui ne se calcule plus aujourd'hui, c'est la durée d'une procédure, les exigences qui apparaissent en cours de route et le coût final d'un projet.
Le capital n'a pas horreur du risque, il a horreur de l'incertitude
Contrairement à une idée répandue, les investisseurs ne manquent pas. Privés, assurances et caisses de pension cherchent de bons projets immobiliers. Ce qui fait défaut, ce sont des projets dont on peut raisonnablement prévoir qu'ils arriveront au bout. Un investisseur peut accepter de gagner moins ou de se tromper ; il ne peut pas signer un chèque sans savoir si son projet durera trois, sept ou quinze ans.
Genève construit en hauteur, Lausanne hésite
Le Groupe Bernard Nicod a lui-même mené des projets de surélévation en Suisse romande. À Genève, cette pratique a permis de créer 164 logements en 2024, auxquels s'ajoutent 41 logements issus d'aménagements de combles, grâce à des critères d'évaluation connus à l'avance : insertion dans le quartier, alignement, rapport aux immeubles voisins, qualité architecturale.
À Lausanne, un architecte a au contraire vu son projet de surélévation refusé pour des raisons esthétiques… après deux ans d'études et d'échanges avec les services. « Une règle sévère, je peux la mettre dans mes calculs. Une règle que je découvre au bout de deux ans, non », résume Bernard Nicod.
Le temps n'est jamais gratuit
Pour un immeuble de taille moyenne, le délai entre la demande de permis et l'autorisation est passé en Suisse d'environ 162 jours en 2017 à environ 280 jours en 2025, soit une hausse de 73 % en huit ans, sans compter les recours. Pendant ce temps, les taux changent, les études doivent être actualisées et les honoraires courent. Un projet rentable au départ peut ne plus l'être au moment d'obtenir enfin son autorisation.
Résultat : attendre devient parfois plus simple, moins risqué et plus rentable que construire. « Nous avons tellement compliqué l'acte de construire que nous finissons parfois par récompenser l'inaction. »
Redonner de la prévisibilité
Bernard Nicod salue les efforts de la Confédération et du canton de Vaud pour accélérer les procédures, tout en rappelant qu'une étude n'est pas un immeuble et qu'une autorisation n'est pas encore une clé remise à un locataire. Le véritable enjeu n'est pas de supprimer les règles ni de sacrifier le patrimoine, mais de les rendre connues, compréhensibles et stables, pour qu'un projet qui les respecte puisse avancer dans un délai raisonnable.
« Les procédures ne logeront personne », conclut-il.
Chronique parue dans 24heures, édition du mercredi 30 septembre 2026.